Société

Suis-je vraiment intégrée ?

12 mai 2021

[Petit aparté : la photo est de Nora et si vous avez besoin de photos pour un book ou autre vous pouvez la contacter avec confiance. Egalement pour du design, illustration etc. Bref elle sait tout (bien) faire]

Plus je prends de l’âge et plus mes repères au quotidien sont en phase avec les valeurs, habitudes et traditions africaines (et je peux même préciser congolaises) et bien que la France soit en moi, elle prend « moins de place ».

Cela se matérialise sur ma vision de la famille, ma manière de transmettre (je suis vraiment dans l’oralité avec mes proches), la gestion de mon quotidien, la place de la femme dans le foyer…

Plus jeune, j’ai tellement entendue qu’il faut s’intégrer que je faisais une sorte de rejet de l’africanité en moi en passant par des choses toutes simples comme la coiffure, les vêtements, la musique etc.

Les populations noires portent de plus en plus fièrement leur culture, revendique une sorte de droit à s’afficher, l’Afrique est à « la mode » (je n’aime pas entendre ça mais ça permet d’expliciter mon propos), les noirs des minorités qui portent la voix pour être visibles …


Cet engouement je le constate depuis 10-15 ans, du coup, des choses qui étaient perçues de façon négatives sont maintenant hypes ; listes d’exemples non exhaustives mais qui devraient parler :

– lorsque nos mamans sortaient avec leur tenues africaines on le leur reprochait, maintenant que le Wax, Bazin …les boubous et autres sont sur les podiums, les baskets, les soirées du gotha etc on  trouve ça beau et non plus « drôle »
– Porter un enfant au dos dans la rue avec son tissu était relativement moqué ; c’était l’image de la maman africaine avec un enfant au dos, l’autre au bras gauche et l’autre à la main droite… Maintenant Youtube pullule de vidéos pour apprendre à attacher l’enfant dans le dos
– Nos nattes couchées, les bantu knots, les braids ou autres coiffures autrefois insultées maintenant qu’elles sont reprises par les Kardashian et autres sont devenues courantes et hypes …. 
– le nbombolo, coupé decalé, la rumba, azonto, musique naija etc restaient souvent entre nos murs… maintenant on n’a plus aucune (bonne) soirée sans un son de DJ arafat, un Loi, un Ye ou autre chanson aux sonorités afro caribéennes
– Les gens ne juraient que par la Croatie, New York ou la Thailande, maintenant le Sénégal, le Ghana, l’Ethiopie et leurs histoires sont attractifs
.

Bref la liste peut être allongée, je suis restée dans du « évident ».
Toutes ces choses qui constituaient une partie de moi je ne les acceptais pas car je voulais ressembler à l’image que le monde m’avait vendu d’une « fille française ».


Je voulais être normée. 

J’en ai eu des pleurs de honte car ma mère m’avait fait une coiffure dite protectrice mais que mes amis appelaient « coiffure de sauterelle » ; j’ai souvent réclamé  des sous à mon pauvre papa parce que je ne voulais pas amener la gamelle préparée par ma mère de peur qu’on se moque de mon plat de fumbwa, pichard etc ; j’étais effrayée à l’idée d’avoir un coup de cœur et être remis à ma condition de fille noire (oui dans les 90’s c’était quand même encore compliqué, bon j’avais 5 ou 8 ans on ne parle pas d’autre chose que le petit amoureux secret)

Le monde s’est ouvert à l’Afrique (dans une certaine mesure entendons nous bien) et moi plus j’avance et plus je me plonge dans mon africanité.
La liste des pays que je souhaite visiter est à 70% sur le continent, les livres d’histoires qui m’intéressent sont liés au continent, les découvertes culturelles, sociales et sociétales qui m’intéressent y trouvent leur source… Plus la France sombre dans le racisme, l’islamophobie, la xénophobie … et plus l’Afrique me parle (et la Corée, mais ça c’est à cause de Netflix)


Alors je me pose la question : en voulant tellement être française, et que je sois la française attendue par mes pairs,  n’ai je pas au contraire créé un schisme psychologique qui se révèle en moi aujourd’hui ?

Je n’ai pas la réponse 

Je constate que je vois de plus en plus les différences (voir les différences ne signifie pas traiter l’autre moins bien, juste accepter qu’on soit différents. Et je crois au « tous égaux » mais pas au « tous semblables ». Aucun mal à être différent et s’apporter des choses ) dans les manières d’agir des uns et des autres et quand j’analyse les comportements, quoi qu’on en dise sans tomber dans un stéréotype, nos origines sont souvent reflétés. Une bataille de l’inné, les gènes et de l’acquis en quelque sorte…Après des décennies où l’acquis, et mêmes les acquis ont vécu pleinement en moi, j’ai désormais envie d’écouter l’essence de ce que je suis et donner une place plus grande au quotidien à mes gènes et leur expression.


Je ne sais pas ce que ça va donner mais en ce moment, j’aime pleinement ma version française ET je veux qu’enfin ma partie congolaise s’exprime dans le quotidien, mes emotions, mes décisions, mes analyses, mes victoires, mes erreurs

Et comme on dit au Congo « Ko botama congolais elengi »

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1 Comment

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    Reply Anne 30 juin 2021 at 12 h 16 min

    C’est marrant je me suis faite la remarque ces dernières années mais je ne l’avais jamais vraiment verbalisé.

    J’adore ton article

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